Portrait

Isabelle, dite Isa.

Isa, coiffeuse nomade en Ardèche depuis plus de dix ans

Je suis née à Privas en 1984, aînée de trois filles, dans une famille où l'on coupait déjà les cheveux sur la terrasse avec un peigne démodé et un drap de lit. CAP coiffure passé à dix-sept ans au lycée professionnel de Privas, puis huit années dans un salon d'Aubenas, un bon salon, avec une patronne qui m'a tout appris du métier. J'y ai fait mes premières colorations, mes premiers chignons de mariée, mes premiers drames capillaires.

En 2012, j'ai quitté le salon. Pas par fâcherie, pas par lassitude du métier. Par envie d'aller plus loin que la rue de la République.

Pourquoi la route

Ciseaux sur quatre roues.

Au salon, je voyais des clientes âgées faire vingt kilomètres en autocar pour une mise en plis. D'autres renonçaient, faute de permis ou de force. Les villages de l'arrière-pays ardéchois se vident, les commerces ferment, et avec eux le petit rendez-vous du vendredi chez la coiffeuse qui rythmait la semaine.

J'ai commencé par une tournée hebdomadaire de quatre villages : Antraigues, Vals-les-Bains, Chirols, Jaujac. Une vieille 4L, un carton de matériel, beaucoup d'improvisation. Les salons de mairie, les cuisines, parfois une grange en été. Les clientes amenaient le café, moi j'amenais les bigoudis.

L'Estafette Renault de 1979 est arrivée en 2013, trouvée dans une casse près de Montélimar. Dix-huit mois de restauration avec mon compagnon mécanicien. Aujourd'hui, je dessers quarante-deux communes, de Tournon-sur-Rhône au nord jusqu'aux Vans au sud, selon un planning qui tient sur une feuille au marqueur bleu scotchée au pare-brise. Vous pouvez retrouver la tournée des villages mise à jour chaque dimanche soir.

Trois piliers

Formation, Estafette, philosophie.

Pour comprendre le métier tel que je le pratique, il faut regarder trois choses : ce que j'ai appris, comment je me déplace, et ce à quoi je crois.

01

Formation

CAP coiffure en 2002 au lycée professionnel de Privas. Diplôme de coloriste végétale obtenu en 2015 chez Horizon Provence, centre de référence en teinture botanique. Stages annuels depuis.

Diplômée 20+ ans de métier
02

Déplacement

Estafette Renault de 1979 restaurée en 2013. Bac à shampoing intégré, poste de coiffage à l'arrière, stock de plantes tinctoriales dans des bocaux en verre. Fioul recyclé quand c'est possible.

Mobile 42 villages
03

Philosophie

Couleur végétale plutôt que chimique, accompagnement plutôt que transformation. Je ne promets pas de faire d'une brune une blonde platine. Je promets de respecter la matière et d'écouter la personne.

Naturelle Sans ammoniaque
Ma vision

Le naturel tient mieux.

La coloration végétale n'est pas un retour à la mode. C'est un choix de matière. Le henné gaine le cheveu au lieu de l'ouvrir, l'indigo donne un reflet froid sans ammoniaque, les mélanges de plantes (camomille, garance, brou de noix) offrent des nuances qui évoluent avec la lumière. Les racines repoussent sans démarcation franche. Moins de retouches, moins d'agressions. Pour les femmes enceintes et les cuirs sensibles, c'est souvent la seule option. Je détaille la méthode complète sur la coloration végétale.

Le déplacement répond à la même logique. Venir chez vous, c'est ralentir. Une coupe dure soixante minutes au lieu de trente parce que je prends le temps de regarder comment vous vivez vos cheveux au quotidien. Le vintage, l'Estafette, les ciseaux Jaguar, le bigoudis chauffants des années soixante-dix : ce n'est pas une esthétique, c'est une lenteur assumée.

Petit rappel utile : en France, la coiffure à domicile reste encadrée par la loi. Le CAP est obligatoire, et exercer sans diplôme expose à une amende de 7 500 € (source : service-public.fr, article L6343-1 du code du travail). J'y tiens parce que c'est la meilleure garantie qu'une coiffeuse qui vient chez vous sait ce qu'elle fait, surtout quand il s'agit d'accompagner un mariage ou de manipuler des plantes tinctoriales.

Questions fréquentes

Tout ce qu'on me demande.

Travaillez-vous seule ?

Seule au ciseau, toute l'année. L'été, une apprentie du CFA d'Aubenas m'accompagne ponctuellement sur les tournées chargées et les mariages : elle s'occupe des shampoings et des préparations colorantes, jamais de la coupe.

Faites-vous aussi de la coiffure masculine ?

Bien sûr. Coupes homme, taille de barbe au rasoir coupe-chou, dégradés classiques ou plus rockabilly. Beaucoup d'agriculteurs et retraités des villages passent par l'Estafette, parfois juste pour un brin de causette et une coupe nette.

Acceptez-vous les enfants ?

À partir de trois ans. Un petit coin est prévu à l'arrière de l'Estafette avec des livres chinés et un tabouret adapté. Les plus petits gardent souvent leur biberon pendant la coupe, alors je travaille doucement, ciseau droit, sans bruit.

Comment avez-vous appris la couleur végétale ?

Formation initiale en 2015 chez Horizon Provence, centre spécialisé dans la teinture végétale depuis vingt ans. Depuis, je retourne chaque année en stage pour découvrir les nouveaux mélanges de plantes tinctoriales et affiner les dosages selon la matière de chaque cliente.

Un projet ?

Parlons de votre projet.

Coupe classique, coloration végétale, mariage ou simple curiosité : écrivez, téléphonez, ou invitez l'Estafette dans votre village.

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